Stratégie et Plan d’Action National de la Biodiversité (SPANB)

Type de document
National Biodiversity Strategies and Action Plans (NBSAPs)
couverture nbsap

 

La troisième version de la Stratégie et Plan d’Action National pour la Biodiversité (SPANB III) du Cameroun s’inscrit dans la continuité des efforts nationaux entrepris depuis plus de deux décennies pour la gestion durable de la biodiversité. Cette nouvelle version marque une étape décisive, car elle intègre les transformations environnementales, économiques et sociales survenues au cours des dix dernières années, avec une vision nationale alignée au Cadre Mondial de la Biodiversité de Kunming–Montréal, aux Objectifs de Développement Durable (ODD) et à la Stratégie Nationale de Développement 2030 (SND30).

En effet, malgré des progrès notables enregistrés en matière de création et de gestion des aires protégées, de sensibilisation et de réforme institutionnelle, la biodiversité du Cameroun demeure soumise à des pressions croissantes. Ces pressions s’illustrent par la destruction des habitats (déforestation, urbanisation non maitrisée…), la surexploitation des ressources naturelles, la pollution, la prolifération des espèces exotiques envahissantes, et les effets néfastes du changement climatique. Elles entraînent une diminution de l’offre des services écosystémiques, essentiels à la sécurité alimentaire, à la santé humaine et au bien-être des populations. Le sixième rapport national élaboré sous l’égide du Ministère de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement Durable (MINEPDED) avec l’accompagnement technique et financier du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) et du Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM), a mis en évidence les limites de la mise en œuvre de la SPANB II, notamment la faible intégration intersectorielle, l’absence de mécanismes de financement durable, l’insuffisance de données scientifiques et la faible coordination des acteurs. Par ailleurs, le Cameroun a réalisé son évaluation nationale de la biodiversité et des services écosystémiques en 2022, qui dresse leur état des lieux à l’échelle nationale. Elle a permis de fournir une image détaillée de la situation des écosystèmes et de leurs services, d’identifier les moteurs et les tendances de la perte de biodiversité, de ressortir les lacunes en matière de connaissances et de disponibilité de l’information et des données de biodiversité. Dans la même veine, une analyse de la gouvernance et de l’impact des orientations stratégiques de développement sur la biodiversité a été faite pour envisager une gestion durable efficace de la riche biodiversité du Cameroun. Forts de ces constats, le Cameroun a transformé ses défis de gestion de la biodiversité en opportunités d’actions. Cette démarche s’est effectuée à travers une approche pangouvernementale et pansociétale dans la perspective de préserver l’équilibre des écosystèmes par une intégration sectorielle, conforme au processus de décentralisation concrétisé par le Gouvernement en 2019.

Dans cette perspective, la SPANB III se structure autour de cinq axes stratégiques :

  • la réduction des menaces sur la biodiversité et les services écosystémiques,
  • la restauration des écosystèmes dégradés et l’amélioration des services écosystémiques,
  • le développement et la capitalisation de l’information et des connaissances sur la biodiversité,
  • la gouvernance de la biodiversité et des services écosystémiques et la mobilisation des ressources pour le financement de la biodiversité.
  • la mobilisation des ressources pour le financement de la biodiversité.

De manière spécifique, il s’agit d’intensifier les efforts de lutte contre la déforestation, la pollution et la prolifération des espèces exotiques envahissantes. Il est également question de mettre l’accent sur la restauration de la santé écologique des écosystèmes dégradés, la production et la valorisation des connaissances scientifiques, des savoirs et savoir-faire traditionnels. Ces données et informations sont capitalisées à travers le Système National d’Information sur la Biodiversité (SNIB) et le Clearing House Mechanism [Centre d’échange d’informations sur la biodiversité (CHM)].

La présente stratégie prend en compte le rôle central des collectivités territoriales décentralisées, des organisations de la société civile, du secteur privé, des peuples autochtones et communautés locales (PACL), ainsi que des femmes et des jeunes, dans la mise en œuvre et le suivi des actions. La finalité est de créer un environnement favorable où la concertation, la transparence et la redevabilité sont des principes opérationnels, avec des moyens de mise en œuvre bien définis mettant l’emphase sur la nécessité d’une mobilisation financière diversifiée. A ce titre, le plan national de financement de la stratégie entend, en plus des ressources publiques allouées, promouvoir des mécanismes innovants tels que les Paiements pour Services Environnementaux (PSE), les crédits biodiversité, les échanges dette-nature, les partenariats publics privé, les obligations vertes et la finance carbone. Ces instruments viendront compléter les financements multilatéraux, notamment ceux du Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM), du Fonds Vert pour le Climat (FVC), du Fonds d’Adaptation (FA) et du Fonds pour la mise en œuvre du Cadre Mondial de la Biodiversité de Kunming-Montréal (CMB).

Au plan institutionnel, la coordination de la SPANB III repose sur une architecture à plusieurs niveaux. Le MINEPDED, Autorité nationale compétente assume la responsabilité stratégique, tandis que les Administrations sectorielles assurent la mise en œuvre technique. Le secteur privé et financier quant à lui, contribue à la valorisation économique et au renforcement de la mobilisation des ressources en faveur de la biodiversité. Au plan opérationnel, en plus des acteurs institutionnels, les Peuples Autochtones et les Communautés Locales (PACL), les ONG, les femmes et les jeunes, ainsi que les groupes religieux garantissent une appropriation communautaire et durable des interventions. Un plan de suivi et de surveillance constituant l’élément clé du système suivi-évaluation a été élaboré. Il associe le suivi opérationnel par l’ensemble des acteurs, le suivi sectoriel par les administrations concernées et le suivi stratégique par le MINEPDED. Les indicateurs retenus traduisent la triple dimension écologique, économique et sociale de la biodiversité.

Les efforts à consentir marqueront un tournant stratégique pour le Cameroun et contribueront à la construction d’une économie verte et inclusive, où la biodiversité ne sera plus un simple patrimoine naturel, mais un véritable pilier de développement, en combinant gouvernance renforcée, mécanisme de financement durable, participation active des communautés et intégration transversale de la biodiversité dans les politiques sectorielles. Ainsi, le Cameroun donnera un coup d’accélérateur à sa dynamique de transformation structurelle sur la voie d’un avenir écologiquement résilient, socialement équitable et économiquement viable.

Date de publication (du fichier / URL)
29 mai 2026
Fichiers
Pays
Cameroon