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Première récolte de « miel de lamantin » au lac Ossa
En mai 2020, l'équipe de l'AMMCO a rencontré l'un des pêcheurs, reconverti dans l'apiculture, pour récolter le premier litre de miel. Un litre seulement ? Les résultats semblent maigres mais encourageants. Voici l'histoire du projet.
L'apiculture est l'une des activités alternatives à la pêche lancées par l'AMMCO avec les communautés du lac Ossa afin de limiter l'impact sur les ressources du lac et le lamantin. Nous avions évoqué le lancement de cette activité dans un article précédent et dans le rapport annuel 2019, dont la première étape était la formation fin 2018 de 51 pêcheurs et l'installation de 27 ruches.
Parmi les 51 pêcheurs qui ont suivi la formation, 27 d'entre eux sont venus récupérer les ruches proposées par l'AMMCO. Ces ruches ont été installées sur 5 sites à Dizangue : Beach, Kilometer 3, Pongo, Mevia et Lindema.
La réserve faunique du lac Ossa est riche en fleurs et offre un environnement propice à la vie des abeilles. Les abeilles sont également fréquemment observées sur les cultures agro-industrielles situées à proximité de la réserve, en particulier celles des palmeraies.
Cependant, nous avons observé que les abeilles ne restaient pas dans les ruches après leur installation. Seules 5 ruches sur 27 ont été colonisées, et cela sur le site de Beach : l'une des ruches a développé une colonie et produit du miel, une autre possédait 2 ou 3 nids d'abeilles immatures, mais les abeilles sont sorties au bout de 2 à 3 mois et les trois autres ruches ont été visitées mais aucun nid d'abeilles n'a été créé.
L'apiculture nécessite une préparation intensive des ruches afin de développer des colonies d'abeilles. Sans cet effort continu, les abeilles ont peu de chances de visiter les ruches, de les coloniser et de fabriquer les rayons dans lesquels elles déposeront le miel synthétisé.
L'étape principale consiste à appâter les abeilles. Pour ce faire, vous enduisez l'intérieur des ruches de cire d'abeille, que vous achetez auprès d'un marchand local et que vous faites fondre dans une casserole. Il est important de répéter cette opération régulièrement, chaque semaine. Il ne suffit tout simplement pas de peindre la ruche une seule fois.
Sur les 27 pêcheurs venus récupérer les ruches, 5 pêcheurs sont restés très attachés au projet. L'un des pêcheurs a en effet imbibé sa ruche de vin de palme qui attire également les abeilles. Un autre pêcheur a également utilisé des herbes locales en plus du vin de palme. Ces pêcheurs nettoyaient également régulièrement la zone autour de leurs ruches et les protégeaient surtout des intempéries à l'aide de bâches. Construites avec des matériaux locaux, la grande majorité des ruches qui n'ont pas été entretenues et protégées ont été détruites par les intempéries et sont actuellement irrécupérables.
Malgré un résultat globalement négligeable avec seulement 5 ruches visitées sur un total de 27 ruches installées, les résultats restent très encourageants si l'on prend en compte les 5 pêcheurs qui sont restés actifs pendant la durée initiale du projet.
Après 4 mois de colonisation, selon l'effort de la colonie, les abeilles fabriquent le miel à l'intérieur des rayons. C'est le moment idéal pour récolter le miel. Au bout de 5 mois, la reine mère produit des larves dans ces rayons qui utiliseront le miel comme nourriture pour leur développement. Le miel récolté avec les larves reste consommable pour la population locale car on lui confère traditionnellement des vertus thérapeutiques. Il ne devient commercialisable que s'il est pur et dépourvu de larves. C'est donc pour récolter un premier litre de miel pur que l'équipe de l'AMMCO a rencontré l'un des 5 pêcheurs le 13 mai 2020. Le miel contenant les larves a été laissé dans la ruche. Le pêcheur a décidé de conserver le miel récolté pour sa consommation personnelle.
Cette première étape du projet a été très utile pour évaluer les facteurs de succès du projet apicole sur le lac Ossa. La prochaine étape est claire : sélectionner un groupe de futurs apiculteurs plus engagés, en l'occurrence 5 pêcheurs du réseau SIREN et 5 femmes de l'association des femmes bénéficiaires du fonds rotatif Beach, et prendre en compte les connaissances acquises avec un suivi et un entretien plus réguliers des ruches qui assureront une première production de miel dans le lac Ossa.
À terme, chaque ruche sera en mesure de produire jusqu'à 40 litres de miel tous les quatre mois pour un revenu d'environ 200 dollars par récolte, ce qui est suffisant pour réduire la dépendance à l'égard de la pêche et, par conséquent, les prises accessoires accidentelles de lamantins dans le lac Ossa.


